Histoire des Arts

 
 

 

Les grands ensembles

La ville de Mantes-La-Jolie et le quartier du Val-Fourré

On définit habituellement un grand ensemble comme un groupe d’immeubles rassemblant au moins 1 000 logements, construits dans un délai de l’ordre de cinq ans, conçu selon un plan général comprenant des équipements collectifs. On pouvait évaluer le parc immobilier des grands ensembles français à environ 800 000 logements en 1982. Ce parc a été presque intégralement édifié entre 1956 et 1973.

1. Les conditions d’implantation

Le contexte
Après 1950, il fut nécessaire dans de nombreux pays (France, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Allemagne, U.R.S.S., etc.) de loger aux limites de l’agglomération un nombre croissant de citadins, dont les ressources étaient souvent limitées. Mais à la différence du siècle précédent, il est plus ou moins nettement reconnu qu’il existe un droit au logement, que les conditions de salubrité et de confort des habitations importent au bon fonctionnement de la collectivité et que l’État est un partenaire obligé dans cette affaire.

En France, le logement dans les banlieues avait rarement pris la forme d’immeubles collectifs avant 1939 (malgré quelques réalisations dans la région parisienne, comme la cité-jardin de Suresnes, en 1926, et la cité de la Butte-Rouge, à Chatenay-Malabry, en 1932), et le logement individuel y dominait. Après la guerre, et surtout à partir de 1955, on s’orienta vers la construction d’immeubles collectifs. D’abord parce qu’il y avait une grave pénurie de logements et que les appartements pouvaient être construits plus vite et à meilleur marché que les maisons individuelles ; le développement des procédés de levage, les changements dans la préparation et l’utilisation du béton, l’apparition de quelques éléments préfabriqués incitaient au développement de gros chantiers. Ensuite parce que l’urbanisation « pavillonnaire » avait été vivement critiquée, qu’elle semblait coûteuse et peu favorable à l’implantation des équipements collectifs. En même temps, la concentration des agences d’architectes et la division du travail qui s’instaurait en leur sein favorisaient la mise en route de réalisations très importantes, fondées sur la répétition d’éléments simples et sur l’utilisation à des dizaines de milliers d’exemplaires de plans de logements mis au point une fois pour toutes. La standardisation tant souhaitée par les CIAM voyait enfin des champs d'application s'ouvrir. Enfin la crise du logement avait pris une telle ampleur dans les grandes villes que la construction d’habitations à leur périphérie n’intéressait plus seulement la clientèle du logement social, mais des groupes de la petite et moyenne bourgeoisie, à même de payer des loyers relativement élevés pour des logements convenables. L'esthétique de l'architecture moderne a alors particulièrement influencé les nouveaux projets.

La ville de Mantes-La-Jolie est exemplaire dans son développement urbain au cours du siècle. Le Mantois était un site semi-rural jusqu'en 1950, il avait connu une première vague d'urbanisation avec l'implantation des usines le long de la Seine et la création de cités-jardins. Une exposition aux Archives municipales de Mantes " Souvenirs de Mantes et de Gassicourt. Architecture et lieux de vie. 1843 - 1939 " nous permettait d'imaginer la ville que connaissaient nos grands-parents.


Papeterie Braunstein, Gassicourt, salle des machines à papier, 1929.

1900-1950


Cité-jardin des Martraits, 1924
Architecte : R. Marabout


Habitation Bon Marché, Gassicourt, rue Emile-Zola, 1934
Architecte : R. Marabout

2. Écologie des grands ensembles français

Décor, logements, équipements

L’architecture des grands ensembles est en général très monotone : alternance de barres et de tours. Il y a quelques exceptions, soit parce que l’architecte a essayé de rompre la monotonie des formes (immeubles courbes des Courtillières à Pantin ou de la Grande Borne à Grigny), soit parce qu’il a conservé les caractéristiques du site (parc du château de Sucy-en-Brie).

L’équipement des logements est très proche de celui des logements urbains construits après 1949 : tous ont une salle d’eau, 90 p. 100 disposent du chauffage central, 80 p. 100 d’un vide-ordures. Cependant, pour les immeubles construits dans les années soixante, l’insonorisation des appartements est généralement mal assurée et les habitants ne disposent pratiquement pas d’espaces de renvoi. D’une façon générale, les caves et les parkings sont souvent éloignés et peu sûrs. Les équipements collectifs sont inégalement répartis suivant les ensembles. Le sous-équipement est fréquent et représente pour les habitants une difficulté constante.

Dans la description des équipements, il faut mettre à part les ensembles en copropriété, soit que les copropriétaires s’entendent pour les doter d’un certain nombre d’équipements destinés plus spécialement aux jeunes, soit que le promoteur les ait équipés d’éléments annonçant « un nouvel art de vivre », mais qui sont naturellement à la charge des copropriétaires (piscines, club hippique et centre culturel de Parly II-Le Chesnay).

La population

Il n’existe pas actuellement de données nationales sur la population des grands ensembles. On sait cependant que c’est une population qui en 1964 comptait 44 % d’ouvriers, 18 % de cadres moyens, 14 % d’employés, 7 % de cadres supérieurs et de membres des professions libérales, 10 % relevant d’autres catégories d’actifs. En ce qui concerne la part de la population logée dans des logements H.L.M. (environ 75 % du parc des grands ensembles), on observe depuis les années soixante-dix une paupérisation des habitants, une augmentation des familles immigrées et un plus grand nombre d’inactifs. Progressivement, les catégories les plus aisées sont parties vers d’autres logements, en particulier vers la maison individuelle. Les logements libérés ont été reloués à des familles immigrées, à des ménages issus de l’habitat insalubre.

Après la deuxième guerre mondiale, l'agglomération mantoise s'étend de façon continue le long de la Seine, et la population ne cesse d'augmenter. De 1954 à 1985, ses habitants virent leur nombre multiplié par 2,8, passant de 37 881 à 106 500. Cette évolution n'est pas uniforme. Plus rapide jusqu'en 1975, avec une croissance moyenne de 5 % par an, elle s'est beaucoup ralentie depuis (1,2 %). En outre ce développement a changé de nature.

Entre 1954 et 1975, la croissance démographique était essentiellement due à un flux important de migrations. Ces nouveaux venus étaient attirés par le développement économique de la vallée de la Seine, et les logements neufs offerts dans le Mantois. Ces migrants étaient surtout des ménages jeunes. Depuis 1975, on assiste à une arrêt de la croissance par le jeu des migrations : le nombre des arrivées est même inférieur à celui des départs. Par contre, les ménages qui s'étaient installés dans la région dans les années antérieures se sont agrandis de nouvelles naissances : ce sont eux qui ont assuré la croissance démographique du Mantois.

En l’absence de données nationales, on peut donner quelques exemples. En 1982, Z.U.P. du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie : 8 000 logements habités par 22 100 habitants ; âge moyen : trente-sept ans ; 42 % de la population a moins de seize ans ; 600 familles comprennent plus de six personnes ; 70 % de la population est ouvrière et 46 % est étrangère. D’une manière générale, le pourcentage de ménages jeunes reste plus élevé que la moyenne nationale et celui des ménages âgés progresse.

Les grands ensembles ne sont qu’un type de réponse parmi d’autres aux problèmes posés par l’urbanisation rapide. Dans d’autres pays, les habitations individuelles ou les petits collectifs sont parfois plus développés que les immeubles de grande taille (Grande-Bretagne, États-Unis) ; au niveau de l’urbanisation, les villes nouvelles, différentes des grands ensembles par la recherche systématique de l’équilibre emploi-résidence, ou les suburbs nord-américains sont d’autres types de réponses.

L’édification des grands ensembles n’est donc ni la voie royale ni la fatalité de l’architecture et de l’urbanisme contemporains, mais une solution parmi plusieurs. Ce fut la voie retenue en 1964 à Mantes-La-Jolie, à l'ouest de la ville, où la Z.U.P. du Val-Fourré permit de créer huit mille logements. Très représentative de l'urbanisme et de l'architecture des années soixante, la Z.U.P. a modifié par sa forme et sa masse, la physionomie du Mantois. En outre, composé à 85 % d'HLM locatifs, son peuplement a entraîné également une mutation sociologique de la région, d'autant plus que la plupart de ces logements étaient occupés par des ouvriers dont une large partie était d'origine étrangère.


Qu’ils résultent ou non d’une politique concertée, les grands ensembles, en particulier en France, ont souvent symbolisé bien des méfaits. L’arrivée en masse d’habitants à peu près du même âge, dans un cadre architectural différent des modèles traditionnels, a créé un contexte écologique original, qui n’était pas toujours accordé aux genres de vie et aux modèles culturels des nouveaux venus. Actuellement, le vieillissement et la dégradation des immeubles, la cohabitation difficile d’habitants qui ont accédé au grand ensemble par des filières différentes, la paupérisation de la population des logements sociaux sont à l’origine d’une crise des grands ensembles.

Ainsi, moins de dix ans après la fin de leur construction, la question de leur destruction partielle était déjà posée. A Mantes, les premières tours étaient dynamitées. Dans la plupart des cas, on s’oriente vers une réhabilitation des quartiers les plus dégradés.


tours Sully, détruites le 1er juillet 2001

 

Les barres d’immeubles, qui entourent le quartier des Peintres avec ses tours à l’extrémité nord-ouest dont trois sont encore debout, ont cloisonné le quartier des Peintres. Ce qui apparaît être une “aberration urbanistique” aujourd’hui, les spécialistes en conviennent tous. Il est donc convenu de faire imploser ces tours. En effaçant l’impression de pénétrer dans un “cul-de-sac”, le projet de la mairie de Mantes-la-Jolie et de l’Etablissement public d’aménagement Seine-aval, est d’ouvrir le quartier sur les voies existantes, et sur l’environnement proche, notamment le stade nautique au nord. En ouvrant le quartier, on l’humanise et on contribue aussi à le sécuriser. Objectifs Peintres prévoit aussi l’aménagement de squares et d’espaces de jeux. A la place des tours Millet abattues en septembre 2000, derrière le centre social Fragonard, un espace de promenade est aussi en cours de réalisation. Le quartier change donc de visage peu à peu.

Entre les cages d’escaliers des numéros 7 et 9 rue Marie Laurencin, la barre d’immeuble sera percée avant 2006 pour réaliser une nouvelle voie qui passera au bas de la tour Fleming entre la rue Laurencin et le boulevard Clemenceau.

rue Marie Laurencin

Il ressort clairement de la liste des constructeurs que les ensembles ont été conçus en fonction d’un seul objectif : le logement. À l’exception de quelques réalisations, aucun de ces promoteurs n’avait vocation à mettre sur pied des opérations d’urbanisme à grande échelle et à objectifs diversifiés. Les constructeurs n’avaient pas de moyens, ni de raisons, d’intervenir dans la localisation des emplois et dans l’organisation de réseaux de transports : l’« articulation » résidence-transports-emploi ne relève pas de la conception des ensembles mais des plans d’urbanisme. Il en résulte que la dissociation résidence-emploi est une règle quasi constante dans les grands ensembles et que l’implantation de ces derniers reflète pour l’essentiel les disponibilités en terrains. Il n’est pas possible d’examiner en détail la manière dont les grands promoteurs, publics ou privés, constituent leur portefeuille de réserves foncières. Il s’agit toujours d’opérations complexes – surtout pour des terrains qui dépassent souvent 100 hectares – menées sur de longues périodes et où interviennent tous les éléments d’une stratégie financière, réglementaire et politique. Les terrains éloignés du centre, d’autant moins coûteux qu’ils sont mal reliés au reste de l’agglomération, mais mobilisables pour une urbanisation rapide, en constituent l’élément essentiel.

La dispersion des terrains et l’absence d’intégration dans des schémas directeurs comprenant les transports et les emplois ont pour conséquences de placer au premier plan du mode de vie dans les ensembles la question des transports. Fréquemment, les transports publics se révèlent insuffisants, le réseau routier est engorgé, la desserte publique au-delà des heures de travail très mauvaise ; il en résulte une pénalisation accrue pour les membres de la famille qui ne disposent pas d’un moyen de transport individuel. Une autre conséquence est que l’organisation des transports est un élément différenciateur important entre les ensembles, d’abord entre ceux de province et ceux de la région parisienne, ensuite à l’intérieur même des ensembles parisiens où la proximité du chemin de fer et des autoroutes valorise inégalement les situations. La situation du Val-Fourré a favorisé un repli de sa population sur soi-même. Géographiquement, le quartier ressemblait à une ville nouvelle à l'ouest de Mantes, et il fallait soit suivre une longue avenue quatre voies, plus accueillante pour les voitures que que pour les piétons, soit emprunter les rives de la Seine, pour rejoindre le centre... où se trouve la gare SNCF. Très vite l'aménagement des berges s'est imposé ainsi que l'organisation des transports en commun.

L’organisation interne

L’organisation interne d’un grand ensemble dépend largement des objectifs qui ont été choisis par les constructeurs et de ceux qu’ont pu y ajouter les municipalités. Celles-ci ont pu négocier des modifications plus ou moins importantes au programme initial, aussi bien dans le domaine des logements que dans celui des équipements. Certains ensembles sont intégralement réalisés par un même promoteur, mais il est arrivé fréquemment que plusieurs promoteurs se soient associés pour la construction d’un ensemble : H.L.M. locatives et H.L.M. en accession à la propriété, S.C.I.C. et sociétés à but non lucratif... Ces associations répondaient à plusieurs objectifs : le premier peut être de diversifier la composition sociale des habitants de l’ensemble, un autre est d’équilibrer financièrement le programme. Outre qu’elle est décisive pour la composition sociale et la population du futur ensemble, l’élaboration du programme et de son financement revêt une très grande importance pour l’implantation des équipements et leur délai de réalisation. En effet, les normes de construction de logements sont rigoureusement fixées par l’État, et les variations possibles sont assez faibles. Il n’en est pas de même pour les équipements, où la réglementation est beaucoup moins précise et où les responsabilités sont partagées entre les municipalités et l’État pour l’essentiel, mais où le promoteur de logements apparaît peu.

3. La vie dans les grands ensembles

Dans ce cadre de vie, comment réagissent les habitants ? On sait que la majorité des Français désirent un logement individuel et souhaitent que l’on construise pour l’accession à la propriété et non pour la location.

Le logement tel qu’il est conçu dans la plupart des grands ensembles (exception faite peut-être de quelques ensembles destinés à la copropriété) est sans doute un cadre trop rigide et peu adapté à certains besoins de l’habitant : marquer l’espace, se l’approprier, l’organiser par référence à certains modèles culturels comme l’intimité (opposition public-privé, ritualisation des relations sociales), les rôles masculins et féminins... Peut-être faut-il ajouter à cela l’image très négative du grand ensemble dans la population en général. Que lui reproche-t-on ? Son aspect de « caserne », de « cage à lapins », l’entassement d’une population « mélangée ». Les grands ensembles seraient à l’origine d’un taux élevé de délinquance juvénile, et, dès le début de leur construction, on a parlé d’un certain type de dépression chez les femmes, appelé « mal des grands ensembles ».

Bien que l’on ait pu montrer que l’arrivée dans les grands ensembles ne semblait pas affecter le travail de la femme, il reste que l’éloignement du lieu de travail, comme pour tous les habitants des banlieues, accroît le surmenage. Si, au sens clinique, il n’existe pas de maladie spécifique des grands ensembles, des névroses liées à certaines conditions de vie s’y développent. Les états dépressifs réactionnels à forme anxieuse sont fréquents, ainsi que les maladies psychosomatiques. L’excentricité du grand ensemble, l’éloignement du lieu de travail qui empêche le mari de rentrer pour le déjeuner, la vie plus collective des enfants provoquent une dévalorisation des tâches ménagères. Pour les femmes qui restent à la maison, les occupations quotidiennes, dépourvues de valeur affective, deviennent aliénantes ; il en résulte l’ennui, une impression de solitude et d’isolement. La déstructuration de la vie familiale transforme l’appartement en un cadre matériel sans signification. Quant à la délinquance juvénile, il est certain que les grands ensembles, du fait de leur composition démographique bien particulière et de l’absence d’équipements appropriés, permettent plus facilement un regroupement des jeunes et la constitution de bandes d’adolescents.

On s’est aperçu après coup que les conditions mêmes du peuplement des ensembles étaient à l’origine de fortes tensions sociales. Les différentes filières par lesquelles on accède au logement dans un ensemble aboutissent en effet à la mise en place d’une population socialement hétérogène. Ainsi, les offices H.L.M. et leurs différentes parties prenantes drainent des catégories sociales différentes, à l’intérieur même du secteur social : les caisses d’allocations familiales attribuent de préférence des logements à des familles qui représentent le plus souvent des cas sociaux, alors que, dans le cadre du 1 p. 100 patronal, les entreprises attribuent des logements à des ouvriers qualifiés et à des employés qui ont une grande stabilité dans l’entreprise. La S.C.I.C., quant à elle, dispose d’une clientèle où les employés et les cadres sont bien représentés.

De plus, les habitants se situent à des moments différents de leur trajectoire résidentielle. Pour les plus défavorisés, l’arrivée dans un grand ensemble représente la fin de leur trajectoire ; ils sont plus âgés et ont souvent davantage d’enfants. Les ouvriers qualifiés et les cadres moyens sont au contraire plus jeunes, et leur résidence dans un grand ensemble ne représente qu’une étape. À ces différences sociales s’ajoutent des différences culturelles par la présence d’une population d’immigrés qui, bien que sousreprésentée dans les grands ensembles, a progressivement beaucoup augmenté dans un certain nombre d’ensembles.

La proximité spatiale de groupes sociaux hétérogènes, dont les modes de vie et les moeurs sont différents, crée un climat de tension qui a tendance à se cristalliser sur les jeunes, et plus particulièrement sur leur éducation.

Après le départ progressif des catégories sociales les plus aisées, se sont créées, dans un grand nombre d’ensembles, des zones d’habitat dévalorisées, occupées majoritairement par des ménages qui n’ont pas les moyens d’aller ailleurs. Ce processus ainsi que le vieillissement rapide des matériaux de construction font que de nombreux appartements sont aujourd’hui inoccupés.

4. Perspectives

Certains grands ensembles, comme Sarcelles, se sont développés jusqu’à devenir des villes, en particulier par leur intégration dans un ensemble plus large comprenant des zones d’activités et des quartiers traditionnels. Cette évolution reste cependant exceptionnelle et, dans la plupart des cas, on assiste dès le début des années soixante-dix à une dégradation d’un grand nombre d’ensembles.

En 1977 est créé un groupe interministériel, « Habitat et Vie sociale » (H.V.S.), dont le but est l’amélioration des grands ensembles sociaux, et qui est chargé de coordonner les actions et les financements dans le cadre d’un programme prioritaire du VIIe plan. En 1980, ce groupe est intégré dans le Fonds d’aménagement urbain qui, tout en conservant les objectifs d’Habitat et Vie sociale, met l’accent sur la déconcentration de l’instruction et du financement des opérations.
Au 1er juillet 1981, quarante-deux opérations H.V.S. avaient été lancées, concernant environ 64 600 logements. Ces actions ont surtout été concentrées sur l’amélioration du confort intérieur. Dans les opérations récentes, le traitement des espaces extérieurs aux logements fait l’objet d’actions importantes, mais, d’une manière générale, la création d’équipements publics ou privés, l’implantation de lieux de production générateurs d’emplois sur place, le désenclavement des ensembles restent très limités.

En 1982, une Commission Nationale pour le Développement des Quartiers fut créée. Cette commission, qui réunissait l’ensemble des partenaires sociaux, devait mettre en place une nouvelle procédure d’intervention plus déconcentrée au niveau régional ou départemental. Elle avait pour objectif d’agir sur les causes de la dégradation physique et sociale de certains quartiers d’habitats sociaux particulièrement dégradés, dont une part importante se trouvait située dans des grands ensembles. L’action portait non seulement sur l’amélioration des logements, la réfection des parties communes, mais aussi sur la création d’équipements diversifiés en matière de santé, d’action sociale, de culture. Des missions locales d’insertion sociale et professionnelle des jeunes, des zones d’éducation prioritaires furent mises en place. Des actions visant la gestion des quartiers étaient également menées, de façon à permettre, entre autres résultats, une meilleure participation des habitants.

Le Val-Fourré est alors retenu comme opération prioritaire par la Commission. Une nouvelle dynamique se crée, cinq grands objectifs sont retenus par les élus :

- attribution concertée des logements
- double action spécifique en faveur des jeunes, dans le domaine de l'éducation (création de la ZEP) et dans le domaine de la formation (ouverture d'une Mission Locale d'Insertion Sociale et Professionnelle)
- politique d'insertion en faveur des immigrés
- mise en place d'une politique globale de réhabilitation des logements.

5. Intégration culturelle

Mais les politiques sociales et économiques ne sont pas suffisantes pour redynamiser des quartiers aux difficultés croissantes. La rénovation d'un centre commercial, l'animation du marché qui en fait un moment fort de la vie du quartier sont des actions certes importantes, mais qui ne sauraient suffire. La politique culturelle est un volet non négligeable de la réussite (ou de l'échec) de la bonne santé de ces grands ensembles.

A Mantes-La-Jolie, des lieux culturels se sont développés au coeur du Val-Fourré dans les années quatre-vingt-dix. Le Chaplin, à l'ancienne mairie-annexe, est un endroit pluridisciplinaire qui propose des expositions diverses et d'art contemporain, du théatre et du cinéma d'art et d'essai, avec un ancrage, malgré une exigence certaine de qualité, vers la réalité sociologique et/ou scolaire du quartier. Le Chaplin assure également des formations multimédias aux habitants.

Des associations comme le Collectif 12 regroupent toute sorte d'artistes, des comédiens, des danseurs, des plasticiens, des vidéastes, des circassiens... Ils interviennent très fréquemment dans le Val-Fourré.

Les artistes du Collectif 12 revendiquent une posture singulière en proposant aux habitants de les associer à différentes démarches de création. " La partager dans sa conception comme dans sa réalisation, c'est affirmer que la production des œuvres émane de la communauté. C'est se servir des outils artistiques pour montrer les visages, faire entendre les voix et bouger les corps, pour mettre en lumière cette complexité et faire mouvement...

Le Collectif 12 choisit de s'implanter dans une ville moyenne, Mantes-la-Jolie, à la frontière de la banlieue parisienne et de la province afin de développer une action innovante: concevoir des projets artistiques qui appréhendent et investissent la ville dans sa globalité.

Se situer en dehors des modèles pratiqués, c'est accepter la transversalité, le décloisonnement des structures et des institutions sociales et culturelles. C'est trouver dans l'élaboration d'œuvres contemporaines, des points de rencontre entre les artistes et le public.

Faire circuler les idées, les histoires, les gens. Inventer des formes qui traversent et rendent visible, à partir d'une réalité locale, le monde d'aujourd'hui. "

Avec le Centre d’Action Culturelle Georges Brassens qui met en place des activités culturelles et de loisirs, il s'agit de remplir une mission de création et de diffusion pour le théâtre, la musique, la danse, les arts-plastiques, et de formation autour des musiques actuelles. Le CAC Georges Brassens tient une place importante dans la politique culturelle de la ville. Il participe activement aux projets culturels de Mantes la Jolie dans un cadre partenarial et contractuel. Il entretient des liens étroits avec de nombreux lieux et intervenants de la Ville :

l’école nationale de musique
les ateliers Chopin : école de musique et de danse pour les enfants du Val Fourré
l’école municipale de danse
l’école municipale de dessin et de sculpture.

Quant au Musée de L’Hôtel-Dieu qui se trouve en centre ville, il n'est pas sourd aux échos du Val-Fourré. Et sa programmation est tout autant orientée vers l'héritage culturel de notre passé européen que vers l'ouverture apportée par la population immigrée très présente dans les grands ensembles mantois.

Le maillage est donc assuré, avec une volonté affirmée, afin que les quartiers des grands ensembles ne se referment pas sur eux-mêmes, développant des habitus spécifiques, voire asociaux, mélant une économie souterraine et une sous-culture "underground".

 


 

http://histoiredesarts.9online.fr (2003)

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